Contrat de remplacement infirmier libéral : le guide pratique

Ce qu’il faut savoir avant de signer, côté titulaire comme côté remplaçant, d’après l’Ordre national des infirmiers et le code de la santé publique. Pour le contrat lui-même, partez des modèles de l’Ordre [2] [3] : nous ne proposons pas notre propre modèle.

À quoi sert le contrat ?

Il encadre le remplacement : un infirmier libéral qui suspend temporairement son activité (congé, maladie, maternité, formation…) confie ses patients à un confrère qu’il choisit, pour assurer la continuité des soins [1]. Ce n’est ni un contrat de travail ni un contrat de collaboration : le remplaçant garde son indépendance professionnelle, et un remplacement qui fonctionnerait comme un emploi salarié risque d’être requalifié, avec les cotisations d’un employeur à la clé [1].

  • Le contrat doit être écrit pour tout remplacement de plus de 24 heures, ou plus court mais répété (article R. 4312-85 du code de la santé publique) [1] [4]. En dessous, l’Ordre le recommande quand même [1].
  • Les deux infirmiers le transmettent au conseil départemental de l’Ordre (article R. 4312-83), dans le mois qui suit la signature (article L. 4113-9). Ne pas le transmettre est une faute disciplinaire [1].
  • Avant de signer, vous pouvez soumettre votre projet au conseil départemental de l’Ordre, qui donne ses observations dans un délai d’un mois (article L. 4113-12) [1].

Les mentions indispensables

Les deux infirmiers

Nom, numéro d’inscription à l’Ordre et numéro RPPS du titulaire et du remplaçant [1]. Pour un remplaçant non installé : le numéro et la date de son autorisation de remplacement [2].

La durée et les dates

Le remplacement dure le temps de l’indisponibilité du titulaire (article R. 4312-85). Le contrat donne les dates exactes, ou renvoie à un planning daté et signé, annexé ; il se prolonge par avenant seulement si l’indisponibilité continue [1].

Le lieu d’exercice

Le remplaçant non installé exerce au cabinet du titulaire, sous sa propre responsabilité. Un remplaçant déjà installé peut recevoir les patients dans son propre cabinet, si le titulaire est d’accord (article R. 4312-86) [1].

Les honoraires et la rétrocession

Qui encaisse (carte CPS, feuilles de soins), le pourcentage reversé, ce qui entre dans le calcul et le délai de reversement. Le modèle de l’Ordre exclut les indemnités kilométriques du partage [2], et l’Ordre recommande fortement d’écrire le délai de reversement, au vu des nombreux litiges [1]. Pour faire le calcul : le calculateur de rétrocession.

L’assurance responsabilité civile professionnelle

Le remplaçant doit être assuré en responsabilité civile professionnelle avant de commencer (article L. 1142-2 du code de la santé publique) ; son attestation est annexée au contrat [1].

L’autorisation de remplacement et la carte CPS

Un remplaçant sans cabinet doit avoir une autorisation de remplacement, délivrée par le conseil départemental de l’Ordre où il est inscrit, pour un an renouvelable (article R. 4312-83) et valable sur tout le territoire [1] [4]. Il justifie aussi auprès de la CPAM de son domicile de dix-huit mois d’activité, soit 2 400 heures, dans les six ans précédents, dans un établissement ou une structure de soins, et lui transmet son diplôme, son numéro d’inscription à l’Ordre et l’adresse où il exerce [1].

Pour la carte CPS, l’infirmier met à jour ses données auprès de l’Ordre ; la carte est éditée par l’Agence du Numérique en Santé [1]. Le modèle de contrat prévoit l’usage de la carte CPS de remplaçant ou des feuilles de soins du titulaire [2].

La non-concurrence

Sans clause dans le contrat, la règle du code s’applique : après un remplacement de plus de trois mois, consécutifs ou non, le remplaçant ne peut pas, pendant deux ans, s’installer dans un cabinet où il serait en concurrence directe avec le titulaire, sauf accord notifié au conseil départemental de l’Ordre (article R. 4312-87) [1] [4].

Une clause écrite doit être limitée dans le temps et dans l’espace, et proportionnée. Exemples cités par l’Ordre : 15 km pendant deux ans, jugé conforme aux usages de la profession (cour d’appel de Pau, 2010) ; un périmètre de 25 km autour de Paris, jugé disproportionné (Cour de cassation, 2008). Avec un remplaçant déjà installé, l’Ordre conseille plutôt une clause de loyauté [1].

Les litiges

Le modèle de l’Ordre prévoit une tentative de conciliation, confiée au besoin au conseil départemental de l’Ordre, avant toute action en justice [2].

Les erreurs courantes

  • Pas de contrat écrit pour un remplacement de plus de 24 heures, ou répété [1].
  • Le contrat n’est pas transmis à l’Ordre dans le mois [1].
  • Le titulaire continue de soigner pendant le remplacement : c’est interdit, sauf personne en péril ou demande des autorités en cas d’urgence, de sinistre ou de calamité (article R. 4312-84) [1].
  • Le remplaçant remplace plus de deux infirmiers à la même date (article R. 4312-83) [1].
  • Un fonctionnement de salarié : ordres, horaires imposés, contrôle du travail. Le contrat risque d’être requalifié en contrat de travail [1].
  • Une rétrocession floue (sans assiette ni délai), ou versée tard : la chambre disciplinaire de l’Ordre juge que le titulaire doit reverser rapidement une fois le remplacement terminé [1].
  • Une clause de non-concurrence excessive, que le juge peut écarter [1].
  • Le titulaire n’informe pas l’Assurance maladie du nom du remplaçant et des dates du remplacement [1].

Le déroulé type d’un remplacement

  1. Avant : le titulaire vérifie l’inscription à l’Ordre du remplaçant, son autorisation de remplacement s’il n’est pas installé et son attestation d’assurance [1].
  2. Le contrat : signé à partir du modèle de l’Ordre, avec les dates exactes ou un planning annexé [1] [2].
  3. Les démarches : chacun transmet le contrat à son conseil départemental de l’Ordre dans le mois ; le titulaire informe l’Assurance maladie du nom du remplaçant, des dates et, pour un remplaçant non installé, du numéro de son autorisation [1]. Le remplaçant libéral s’affilie à la CARPIMKO [5].
  4. Pendant : le titulaire s’abstient de toute activité infirmière et met à disposition locaux, matériel et informations utiles à la continuité des soins ; le remplaçant facture selon l’option prévue au contrat [1].
  5. À la fin : le remplaçant cesse toute activité auprès des patients du titulaire, lui transmet les informations utiles à la continuité des soins et rend locaux et matériel dans l’état où il les a trouvés ; un état des lieux au début et à la fin évite les discussions [1] [2].
  6. Le reversement : le titulaire reverse les honoraires dans le délai prévu et fournit les documents qui permettent de vérifier les actes facturés [1].

Les modèles de contrat de l’Ordre

Ces versions contiennent les commentaires de l’Ordre, qui précise qu’elles ne sont pas à signer telles quelles. Les clauses marquées d’un astérisque sont obligatoires [2].

Aller plus loin

Sources

  1. Ordre national des infirmiers, fiche juridique « Le remplacement de l’infirmier exerçant à titre libéral », mise à jour de novembre 2023.
  2. Ordre national des infirmiers, contrat type de remplacement entre un infirmier libéral et un infirmier titulaire d’une autorisation de remplacement, modèle mis à jour le 15 novembre 2023.
  3. Ordre national des infirmiers, contrat type de remplacement entre un infirmier d’exercice libéral et un confrère installé, modèle mis à jour le 15 novembre 2023.
  4. Code de la santé publique, article R. 4312-83 et suivants (remplacement), sur Légifrance, version en vigueur depuis le 28 novembre 2016.
  5. CARPIMKO, « Je suis remplaçant », consulté le 26 octobre 2026.